Console de lighting grandMA3 compact en action, écran tactile allumé affichant une vue en 3D, faders motorisés et encodeurs v

Test grandMA3 compact : avis technique après 6 mois d’usage


Notre analyse technique après une demi-année d’utilisation intensive, du festival au théâtre.

La console grandMA3 compact est une console de lighting professionnelle qui intègre la puissance logicielle complète de la plateforme grandMA3 dans un format transportable de 18 kg. Avec son écran tactile de 15,6 pouces, ses 20 faders motorisés et une licence pour 4 096 paramètres DMX, elle vise le marché des tournées légères et des salles fixes exigeantes. Son prix, situé aux alentours de 15 000 € sur le marché européen, la place comme une alternative sérieuse entre le grandMA3 light et une configuration onPC avec command wings.

Introduction : Le verdict en bref d’un régisseur lumière

Après six mois à l’avoir au bout des doigts sur des dates de concert, en résidence dans un théâtre et sur un événement corporate multi-salles, le constat est clair : la grandMA3 compact n’est pas une console compacte dans ses fonctionnalités. C’est une véritable console grandMA3, rabotée en taille et en prix, mais pas en capacités. Elle comble parfaitement le besoin d’un outil unique pour le technicien qui enchaîne une tournée en bus avec 300 projecteurs et une résidence dans une salle de 800 places avec un spectacle à changements rapides. On retrouve le même effects engine Phaser, le même tracking avancé et la même gestion réseau que sur une console full-size. Pour un professionnel déjà formé à l’écosystème MA, c’est une libération. Pour un novice, le mur à franchir reste impressionnant.

1. Fiche technique détaillée : Ce que renferme vraiment le boîtier

Sous son capot, la compact est une machine pensée pour la robustesse et l’autonomie. Voici ce que vous achetez réellement.

  • Hardware : Construction et interfaces

* Processeur et OS : Système embarqué dédié sous Linux, optimisé pour la stabilité. Aucun Windows en arrière-plan, donc aucun risque de mise à jour intempestive ou de virus en tournée.

* Écrans : L’écran tactile capacitif Full HD 15,6″ est le joyau. Sa définition et sa réactivité offrent un confort de travail inégalé sur une console de cette taille. L’écran LCD 7″ pour les infos système et les commandes externes est essentiel pour monitorer le réseau sans quitter l’écran principal.

* Contrôles physiques : Les 20 faders motorisés (soit 200 faders virtuels sur 10 pages) sont le point clé du workflow. Les 4 encodeurs avec leur petit écran LCD intégré affichent le paramètre en cours (ex: « Focus », « Dimmer »). Les 30 exécuteurs, dont 20 avec écrans, permettent un accès direct aux séquences et aux macros.

* Connectique professionnelle :

* Réseau : 4 ports Gigabit Ethernet. Sur le terrain, deux sont en PoE (alimentation par Ethernet). Cela signifie que vous pouvez brancher et alimenter directement un nœud MA 4Port ou un switch PoE sans bloc externe. C’est un gain de temps et de fiabilité en festival.

* DMX : 2 ports DMX 5 broches (XLR). Ils sortent les univers A et B, mais sont entièrement configurables et supportent le RDM pour interroger et configurer les projecteurs.

* Périphériques : 4 ports USB 3.0 pour clés de licence, clavier, souris ou stockage. Le port série (RS-232) reste utile pour piloter des anciens systèmes de rideaux ou de gradins.

* Alimentation et construction : La double alimentation interne redondante est un must pour la scène. Si une source tombe (ou si quelqu’un débranche accidentellement un câble IEC), la console reste allumée. Le boîtier en métal et les poignées intégrées inspirent confiance. Comptez environ 795 x 495 x 195 mm et 18 kg. Elle tient dans un flightcase rackable 8U, un format standard pour les tournées.

  • Software : La vraie valeur

* Univers DMX : La licence inclut 4 096 paramètres. Concrètement, un paramètre = un canal DMX. Avec des fixtures complexes (type moving head RGBW à 20+ canaux), cela représente environ 8 univers DMX complets. C’est suffisant pour la majorité des applications visées. Pour un stade, il faudra étendre avec des nœuds MA ou des licences logicielles supplémentaires.

* Fonctionnalités natives : Tout le logiciel grandMA3 est là : le tracking avancé pour le théâtre, le Phaser (le moteur d’effets le plus puissant du marché), le pixel mapping natif pour les matrices LED, et la gestion complète du timecode (LTC, MTC). La gestion des médias (images, vidéos) pour les écrans LED ou les projecteurs à média est également intégrée.

2. Prise en main : Interface, workflow et courbe d’apprentissage sur le terrain

Passer derrière cette console pour la première fois est une expérience différente selon votre bagage.

  • Interface utilisateur et écran tactile : L’interface est celle de grandMA3, dense et personnalisable. L’écran tactile est réactif et précis, même avec des doigts un peu gros après le montage. On peut tout faire au doigt : sélectionner des fixtures, éditer des valeurs, naviguer dans les fenêtres. C’est un confort immense comparé à des consoles qui n’ont qu’un écran tactile de commande.
  • Workflow au quotidien avec les contrôles physiques : Les 20 faders motorisés changent tout. Sur un opéra, on peut avoir une page de faders pour les poursuites, une pour les groupes de projecteurs de décor, une pour les effets de couleur. Le passage de page est instantané. Les encodeurs avec écran sont parfaits pour régler finement la position d’un moving head ou la vitesse d’un effet. Le trackball, bien que plus petit que sur une full-size, reste parfaitement utilisable pour le focus.
  • Courbe d’apprentissage : La réalité du terrain : Elle est exigeante. Si vous venez d’un autre monde (ChamSys, Avolites), prévoyez un temps d’adaptation. Les concepts de base (faire un patch, créer des palettes, programmer une séquence) s’apprennent. Mais la vraie puissance – comme créer un phaser complexe qui pilote à la fois la position, la couleur et le dimmer via une macro – demande de la formation. Une session de 3 jours chez un distributeur agréé MA est un investissement sage.
  • Première cue opérationnelle : Pour un opérateur MA, c’est immédiat. Allumage, patch des fixtures via RDM ou manuel, création de palettes de position et de couleur, première séquence en cue-only : moins de 30 minutes. La configuration réseau (définir une sortie en Art-Net ou sACN sur un port Ethernet) est intuitive grâce à l’interface dédiée.

3. Analyse des fonctionnalités clés en situation réelle

C’est sur le terrain que ses choix techniques prennent tout leur sens.

  • Cues, séquences et Tracking avancé : J’ai utilisé la compact sur une reprise de spectacle au Palais des Congres avec des changements de scène très serrés. Le tracking est indispensable ici : si un projecteur est allumé en scène 1 et que seule sa position change en scène 2, seul le paramètre de position est enregistré. Cela évite les conflits et rend la programmation logique. Pour un concert en festival type Musilac, le mode Cue Only (chaque cue contient un état complet) est plus direct.
  • Effects Engine (Phaser) en action : Sur une tournée club avec beaucoup de LED strips en pixel mapping, le Phaser a tout piloté. Créer une vague de couleur qui traverse la façade, avec un effet de flou aléatoire (Wings) sur la saturation, est devenu une question de quelques clics. C’est cette profondeur qui justifie le prix.
  • Pixel Mapping et gestion vidéo intégrée : Pour un show corporate avec une petite matrice LED 5×5 m, j’ai pu faire du mappage directement depuis la console, sans media server. Pour des projets plus lourds, l’intégration avec disguise ou Resolume via Art-Net ou sACN est fiable. La console peut lancer des clips et contrôler leur opacité en temps réel.
  • Réseau et protocoles : La force des 4 ports GbE : En festival extérieur, avec une distribution lumière sur 3 côtés de la scène, j’ai utilisé les 4 ports : un pour le réseau principal lumière (MA-Net2), un pour une backup, un pour une connexion directe au media server, et un en PoE pour alimenter un petit switch dans les backlines. Cette flexibilité est inestimable.
  • Intégration dans un système complexe : La compact fonctionne parfaitement comme console principale dans une session multi-utilisateur. J’ai pu avoir un grandMA3 light en backup en session et plusieurs stations onPC pour les assistants, tous partageant le même show file et les mêmes presets.

4. Points forts : Où la compact excelle vraiment

1. Puissance logicielle sans concession : Avoir le même cerveau qu’une console à 80 000 € dans ce format est son argument massue. Aucune fonctionnalité n’est bridée.

2. Écran tactile haute définition : Travailler sur un écran 15,6″ bien calibré réduit la fatigue oculaire sur les longues sessions. C’est un confort que l’on sous-estime jusqu’à ce qu’on y goûte.

3. Connectivité réseau tout-terrain : Les 4 ports GbE avec PoE sur deux d’entre eux sont une spécification pro. Cela évite d’emporter des blocs d’alimentation supplémentaires pour les périphériques réseau.

4. Nombre de faders motorisés idéal : 20 faders, c’est le sweet spot. Assez pour ne pas paginer constamment, pas trop pour garder une console de taille raisonnable. C’est parfait pour gérer 10-15 groupes de feux principaux plus quelques effets dédiés.

5. Fiabilité et construction : Les doubles alimentations, les ventilateurs silencieux et la finition générale inspirent une confiance absolue. C’est un outil conçu pour durer des années sur la route.

5. Points faibles et limites : Ce qu’il faut savoir avant d’acheter

1. Investissement initial élevé : À environ 15 000 € (prix constaté chez les revendeurs majeurs comme Thomann), c’est un cap important. Il faut ajouter le coût du flightcase, des formations et potentiellement des extensions d’univers.

2. Courbe d’apprentissage abrupte : Ce n’est pas une console pour apprendre la discipline. Sans une solide base ou une formation, elle peut être décourageante. La communauté et les ressources sont vastes, mais en anglais principalement.

3. Poids et encombrement : À 18 kg, ce n’est pas une « mini » console. Son flightcase pèsera autour de 30 kg. C’est un équipement pour technicien itinérant ou salle fixe, pas pour le DJ qui veut contrôler quelques moving heads.

4. Univers DMX de base : 4 096 paramètres (8 univers) suffisent pour beaucoup, mais dans un théâtre avec des centaines de fixtures conventionnelles à 1 canal, on atteint vite la limite. L’extension coûte cher (licences ou nœuds MA).

5. Écosystème propriétaire et coûts annexes : Pour une session de travail en réseau avancée (backup, multi-utilisateur), il vous faudra d’autres produits MA (nœuds, command wings pour onPC). C’est un écosystème performant, mais fermé.

6. À qui est-elle destinée (et à qui ne l’est-elle pas) ?

  • Elle est faite pour :

* Le régisseur lumière freelance qui enchaîne des tournées nationales et des résidences en salle, et qui refuse de faire des compromis sur ses outils.

* Les salles de spectacle (théâtres, opéras de taille moyenne, salles de concert type Zénith) qui cherchent une console principale puissante, moderne et qui tiendra 10 ans.

* Les sociétés de location qui visent le marché des événements corporate haut de gamme et des tournées d’artistes confirmés.

* Le chef éclairagiste qui programme en amont sur grandMA3 onPC et veut une console hardware identique pour la tournée.

  • Elle n’est pas faite pour :

* Le technicien débutant ou l’association qui cherche une console simple pour allumer une salle de conférence.

* Les budgets très serrés. L’investissement doit se justifier par un usage professionnel intensif.

* Les utilisateurs qui ont absolument besoin de plus de 8 univers DMX sans investir davantage.

7. Alternatives crédibles à considérer

La grandMA3 compact n’évolue pas dans un vide. Voici deux alternatives sérieuses, selon votre philosophie de travail et votre budget.

1. Pour ceux qui privilégient le budget et la simplicité : Avolites Quartz

* Prix : Environ 8 000 – 10 000 €.

* Pourquoi c’est une alternative : La Quartz est une console très complète, avec un effects engine puissant (Titan) et un workflow souvent jugé plus intuitif pour les programmateurs de concerts. Elle possède un écran tactile de bonne taille et des faders motorisés. Son point fort est son excellent rapport prix/performances et sa communauté très active.

* Le compromis : Elle n’a pas la même profondeur logicielle que MA sur le tracking avancé ou la gestion réseau multi-utilisateur. L’écosystème est moins orienté « réseau maillé » que celui de MA.

2. Pour ceux qui veulent rester dans l’écosystème MA avec un budget moindre : Configuration grandMA3 onPC + command wing

* Configuration type : Un PC gaming robuste (1 500 €) + une command wing comme le grandMA3 onPC command wing 100 (environ 4 000 €) + une licence pour 4 096 paramètres (environ 1 500 €).

* Prix total : Environ 7 000 €.

* Pourquoi c’est une alternative : Vous obtenez exactement le même logiciel. C’est flexible (le PC peut servir à autre chose) et souvent moins cher à l’achat. C’est la solution idéale pour la préproduction en studio.

* Le compromis : Sur le terrain, vous dépendez de la fiabilité d’un PC Windows, avec ses mises à jour et ses risques de plantage. L’intégration est moins propre (câbles USB, blocs d’alimentation séparés) et la construction n’est pas aussi robuste qu’une console tout-en-un.

8. Conclusion : Notre avis final d’eclairagiste

La grandMA3 compact n’est pas une console, c’est un statement. C’est le choix du professionnel qui refuse de transiger sur la puissance de programmation, quel que soit le format du spectacle. Après six mois, ses limites (prix, apprentissage) sont évidentes, mais ses forces (écran, faders, connectivité, fiabilité) en font un outil de travail d’une redoutable efficacité. Elle justifie son prix si votre activité l’utilise à son plein potentiel. Pour une salle fixe ou un régisseur tournant intensément, c’est un investissement qui s’amortit sur la durée par sa polyvalence et sa fiabilité. Pour les autres, les alternatives comme l’Avolites Quartz ou une configuration onPC bien pensée méritent une étude sérieuse. Dans tous les cas, chez Thomann ou votre revendeur habituel, exigez une démonstration avec vos show files pour vous faire une idée réelle de son workflow.

FAQ (5 questions terrain)

La grandMA3 compact peut-elle vraiment faire tourner un show conçu sur une grandMA3 full-size ?

Oui, absolument. C’est le principal atout. Le show file est 100% compatible. Vous pouvez programmer sur une full-size en studio et reprendre le fichier sans aucune modification sur la compact pour la tournée, et inversement.

4 096 paramètres, est-ce suffisant pour une tournée moyenne ?

Dans la grande majorité des cas, oui. Pour un concert avec 150-200 moving heads et LED, vous restez généralement dans cette limite. C’est pour les très grands parcs lumière (stades, grandes productions théâtrales) ou les installations architecturales avec des milliers de pixels que cela devient limitant.

Faut-il obligatoirement des nœuds MA pour sortir du DMX ?

Non. La console peut sortir directement du Art-Net ou du sACN par ses ports Ethernet. Vous pouvez donc utiliser n’importe quel convertisseur réseau/DMX tiers (Enttec, Luminex, etc.). Cependant, les nœuds MA offrent une intégration plus poussée (configuration directe depuis la console, RDM via MA-Net).

Peut-on l’utiliser comme console de backup pour une plus grosse console MA ?

Parfaitement. En mode session, elle peut se connecter en réseau à une autre console grandMA3 (full-size, light) et servir de backup en temps réel, reprenant le contrôle instantanément en cas de défaillance de la principale.

La console est-elle bruyante en situation (théâtre, régie) ?

Non. Ses ventilateurs sont très discrets. En situation de théâtre ou en régie fermée, son bruit est négligeable et ne gêne pas l’opération. C’est un point important souvent bien traité par MA Lighting.

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